Chapitre 1

Chapitre 1
Junon vida son verre de Scotch quotidien d'un trait, paya le barman puis sortit de l'établissement. A peine sortie du bar, la brune fouilla son sac à la recherche d'une cigarette, qu'elle s'empressa d'allumer & de porter à sa bouche. Elle aspira une longue bouffée de nicotine puis, prise par un soudain sentiment de bien être, ferma les yeux & s'arrêta brusquement au beau milieu du trottoir.
Un accord, puis deux ... Une mélodie parvint aux oreilles de la jeune fille, tout juste âgée de 18 ans. Une mélodie simple, pure, assez douce - mais nullement ennuyante. Malgré le fait que la guitare fût le seul instrument, cette musique envouta immédiatement Junon. Elle prit possession de son corps dès les premiers accords.
Incapable de penser, Junon se sentait à présent seule au monde. Oui, seule - à l'exception de cette mélodie obsédante qui lui faisait perdre tous ses moyens.
Elle rouvrit les yeux doucement & se laissa flotter vers la musique.
Plus elle se rapprochait & plus la musique devenait forte. Elle voulait découvrir à tout prix qui était l'auteur de ce son si parfait à écouter & pour ne pas le perdre à tout jamais, elle pressa le pas. Elle y était presque maintenant, oui, elle n'entendait plus que ce merveilleux morceau à présent. Le reste n'avait plus aucune espèce d'importance. Ni même les passants qu'elle bousculait sur son passage, ni même le trafic des voitures


...


Quand soudain. La mélodie s'arrêta, se brisa sans aucune raison. Comme çà, tout d'un coup. L'univers de Junon parut s'écrouler autour d'elle & tout le brouhaha ambiant de la rue qu'elle avait parvenu à oublier grâce à ce son mélodieux, lui revint en pleine face. Comme un gros coup de poing. Elle se sentit défaillir ...
Elle avait mal. Très mal. Comme la douleur que peut ressentir une mère lorsqu'on lui arrache son enfant. Elle ressentait un manque horrible & elle avait peur.
Peur qu'elle ne puisse plus entendre à nouveau cette musique divine. Peur de l'avoir perdue à jamais. Peur que cet évènement si incroyable qui venait de se produire ne fusse qu'une illusion tout droit sortie de son imagination ...
& si en effet, cette mélodie enchanteresque n'était que l'effet pur & simple de l'alcool ?
Junon tremblait. Trop de questions lui taraudaient l'esprit. Elle avait besoin de s'assoir pour réfléchir. & aussi encore d'un bon verre ...
Alors, elle tourna les talons, abattue, & se redirigea vers le bar.

# Posté le jeudi 21 août 2008 12:14

Modifié le dimanche 14 juin 2009 11:50

Chapitre 2

Chapitre 2
Assise à sa place habituelle, Junon était accoudée au comptoir, la tête enfouie entre ses bras. Son verre de Scotch à présent vide posé devant elle, la jeune fille tentait - en vain - de trouver une explication rationnelle à l'incroyable évènement qui venait de lui arriver quelques minutes auparavant. Comment une musique - aussi belle soit elle - avait-elle pu l'ensorceler à ce point ?
Junon était une fille qui aimait tout contrôler & qui ne se laissait jamais faire. Elle avait horreur qu'on lui dise ce qu'elle avait à faire & avait un esprit de Chef. C'est pour cela d'ailleurs qu'elle n'avait pas vraiment d'amis ... Oui, elle avait quelques connaissances par ci, par là; des personnes complètement inutiles à ses yeux mais dont elle avait besoin pour sa consommation personnelle de drogues & d'autres substances illicites ... Des personnes pour lesquelles, elle n'avait aucune once de pitié mais qui, par contre, la vénéraient.
Ce regard marron foncé & sombre, ses cheveux bruns glacés toujours en bataille, cette peau écarlate & tellement blême, ces traits si particuliers & si durs et cet aspect toujours débraillé faisaient de Junon, une personne unique à part entière, fascinant tous les gens qui la croisaient un jour sur son passage. Grâce à cette beauté si rare qu'elle possédait, elle pouvait mettre tous les hommes de Paris à ses pieds. Malheureusement, ça ne l'intéressait aucunement. Sa philosophie dans la vie, qu'elle criait haut & fort, était la suivante "Je n'appartiens à Personne & je n'ai besoin de Personne !" C'est pour cela que ce qui venait de se passer la tracassait énormément. Elle éprouvait de la colère envers elle même, de s'être laissé ainsi entraînée & de n'avoir pas pris le dessus sur cette foutue musique. Personne n'avait le droit de la posséder ! Elle était déçue d'elle même & de sa lâcheté. Elle se dégoûtait.
Brusquement, elle releva la tête & s'observa un instant dans le reflet de son verre en face d'elle. Sans un mot, elle se leva, prit son sac & marcha lentement vers les toilettes.

- "ça y est, c''est r'parti ..." soupira le barman, qui essuyait ses verres.

Elle poussa la porte des WC, posa son sac à main sur le lavabo crasseux & se mit à la recherche de ce dont elle avait besoin.
Elle y sortit un petit objet argenté, qu'elle porta près de son visage pour mieux le scruter. Une lame de rasoir. Puis, elle la posa sur le lavabo & s'observa dans le miroir minutieusement. Elle se trouvait laide, pathétique & dans un état déplorable. Ce n'était pas du au fait qu'elle ait un teint maladif, ni à cause de ses yeux rouges & cernés de fatigue. Mais juste du au fait qu'elle se soit laissé domptée ... Elle cracha un gros mollard contre la vitre, comme pour déverser sa haine envers elle même. Elle s'était vendue, elle avait donné son corps à cette maudite mélodie comme une vulgaire prostituée.
Oui, elle avait aimé cette mélodie - & encore, le mot était faible - mais malgré tout, elle était impardonnable & elle n'avait pas le droit. Plus le droit. Plus le droit de se faire influencer par quelque chose. Ou quelqu'un ... Elle avait déjà beaucoup trop souffert auparavant & elle ne voulait plus connaître çà ... JAMAIS !
Elle voulait reprendre le contrôle de son corps & de son esprit. Alors, elle reprit la lame & la porta à son épaisse chevelure brune; puis, d'un coup sec, trancha ses cheveux, qui retombèrent tristement au sol. Elle fit de même, aussi sauvagement, pour l'autre côté puis se regarda encore une fois dans le miroir.
Le crachat avait coulé. & ses larmes aussi ...
Elle fourra le précieux obtjet métallique dans son sac puis, sans se donner la peine de ramasser ses cheveux qui jonchaient le sol, sortit des toilettes, la tête haute.
Elle passa devant le barman sans lui dire au revoir, laissa un billet sur le comptoir & telle une poupée de chiffon, elle sortit de l'établissement.

# Posté le dimanche 31 août 2008 14:07

Modifié le dimanche 14 juin 2009 11:50

Chapitre 3

Chapitre 3
Comme une furie, Junon marchait rapidement en direction de son appartement.
Elle était énervée. Contre elle. Contre cette musique. Mais surtout, contre l'auteur de ce son. Comment pouvait-il se permettre d'envoûter les gens, sans leur demander leurs avis ? "Si j'le trouve ..." murmura-t-elle furieusement dans sa barbe.

Elle ne marchait plus à présent, elle courrait. Sa colère augmentait à chacun de ses pas & tous ses gens qui l'observaient d'un mauvais ½il, l'agaçaient encore plus. Elle n'avait qu'une envie : se retrouver seule avec elle même. Grâce à ses fines & longues jambes élancées, elle faisait de grandes enjambées & se retrouva vite devant la porte d'entrée de son immeuble. C'était un haut & vieux bâtiment, qui malgré sa vieillesse, avait une très grande classe par rapport à toutes ces verrues qu'on fabriquait de nos jours. Elle poussa l' imposante porte, qui grinça légèrement & se laissa tomber dans le hall d'entrée.
Puis, elle recroquevilla ses jambes, collant ses genoux contre sa poitrine & laissa doucement submerger ses souvenirs. Il y avait un homme. Brun, comme elle les avait toujours préféré. Il se tenait devant elle, il l'enlaçait. Elle avait un sourire scotché sur le visage. Elle semblait heureuse. Elle l'était. Ça faisait bien longtemps que ça ne lui était pas arrivé d'ailleurs ... Il l'enlaçait toujours. Mais plus fortement. Elle ne voulait pas. Malheureusement, il avait tous les droits. Tous les pouvoirs. Puis, une lutte s'ensuit. Des griffures. Des crachats jetés au visage. Des vêtements enlevés. De force. Une douleur horrible au bas-ventre. Son sourire narquois collé à son putain de visage. Enfin, il avait relâché sa prise. Sa proie. Il l'avait laissé choir telle une simple poupée gonflable. & était parti nonchalamment.

Il avait gagné.

Junon, toujours dans le hall, pleurait de tout son corps. On lui avait volé son honneur, sa fierté. Elle avait le c½ur en miettes. & ça faisait déjà 1 an maintenant ...
C'est pour cela qu'elle n'avait plus le droit d'être sous l'emprise de Personne.
Elle s'était juré pourtant qu'on ne l'y tromperait plus. Jamais. & cette musique était venue briser toutes ses promesses. En quelques accords seulement. Elle se dégoutait. Encore. Elle avait été influencée. Encore. & bien trop naïve. Encore. Que faire dans ces moments là ? Elle avait besoin de Lui ... * Lui qui lui avait TOUT volé, qui l'avait bousillée en mille morceaux. Lui qui avait abusé d'elle. Oui, elle l'aimait. ENCORE.

"Oh que faire dans ces moments là ? ..." laissa-t-elle échapper en un soupir, entre ses sanglots.

Les boîtes aux lettres adossées au mur, toutes alignées l'une à coté de l'autre, semblaient l'observaient & la scrutaient silencieusement.

"QUOI ?! QU'EST-CE-QU'IL Y A ? QU'EST CE QUE VOUS ME VOULEZ ? Merde, laissez moi ... Tous ..."

& ses larmes coulèrent de plus belle. Si seulement, elle avait sa flasque d'alcool dans son sac ... Mais non. Alors, elle se leva difficilement & se traîna, comme une personne à qui on avait ôté la vie, comme une sorte de mort-vivant, jusqu'au 5ème & dernier étage de son immeuble, laissant couler les larmes à flot sur son visage.
Quand elle arriva enfin en haut, elle attrapa ses clés, les introduit à l'intérieur de la serrure rouillée & poussa lacement la porte.
L'appartement à l'image de sa propriétaire, était d'un gris terne & triste. Cependant, il ne manquait pas de charme & de style. Sur le mur, étaient accrochés des photographies en noir & blanc d'on ne sait qui & des peintures abstraites dont l'auteur était inconnu. Par terre, des flasques vides & des bouquins jonchaient le sol. Seul sa collection de CD était intacte & rangée. On pouvait voir tout de suite qu'elle y tenait.
Malgré le désordre ambiant du salon, il y régnait une atmosphère apaisante, où Junon adorait se réfugier quand elle allait mal.
Après avoir posé ses clés sur le comptoir de la cuisine américaine & accroché son sac & son manteau sur le porte-manteau, comme son nom l'indique, elle marcha d'un pas las vers l'immense sofa blanc qui se tenait au beau milieu de la pièce & chercha une bouteille d'alcool, parmi toutes les autres qui trainaient par là.
Il y en avait une justement d'ailleurs sur la table basse, qui n'attendait qu'à être bue. Alors, elle s'empressa d'ouvrir la bouteille & d'en délecter le breuvage. Qu'est ce que ça pouvait être bon ...
Son manque passé, elle s'allongea sur le côté, la tête posée sur ses mains jointes. On aurait dit une petite fille essayant de s'endormir.
Même si ce n'était plus du tout son cas maintenant. Elle n'était plus une petite fille depuis qu'il lui avait pris de force sa virginité ... Ni depuis que ses parents lui avaient annoncé qu'ils allaient vivre en Angleterre. La laissant seule avec soi même. Non, Junon n'était plus une petite fille. Tous les malheurs de la vie qui lui étaient arrivé l'avaient obligé à grandir contre son gré.
Si seulement, elle pouvait juste fermer les yeux & tout oublier le temps d'un instant.
Mais même cela, elle n'y parvenait pas. Ses souvenirs la hantaient à chaque moment. Comme en ce moment même d'ailleurs. Les paupières closes, elle ne dormait pas, non.
Un accord, puis deux ... (8)

# Posté le jeudi 04 septembre 2008 10:04

Modifié le dimanche 14 juin 2009 11:50

Chapitre 4

Chapitre 4
Un accord puis deux (8). Elle n'était déjà plus là. Plus sur son canapé. Ni dans son appartement d'ailleurs. Elle était TRANSPORTÉE. Ailleurs. Elle se revoyait dans la rue, à écouter cette musique si magnifique. A se laisser aller vers elle. A se donner complètement à elle.

"- NOOON !"


Junon se leva en sursaut. Elle avait encore failli se faire envoûter.
Non, ça ne pouvait pas être l'effet de l'alcool, ni même une simple illusion. Cette musique l'avait tellement faîte vibrée qu'elle ne pouvait pas être imaginaire. Elle restait encore & encore, dans son crâne & ne voulait pas s'en échapper. Malgré tout, elle se devait de l'oublier. Alors, pour tenter de ne plus y penser, elle prit son paquet de cigarettes qui trainait sur la table basse & alla s'installer sur son balcon, qui était assez grand. Là, elle se posa sur une chaise, mit une clope à sa bouche & l'alluma rapidement. Sentant les effets apaisants de la nicotine l'envahir, elle se détendit peu à peu. Devant elle, se dressaient des appartements parisiens au charme incontestable, sa petite épicerie préférée en contre-bas & la Seine. Ah, qu'est-ce-qu'elle était Belle ! Les derniers rayons de soleil faisaient miroiter celle-ci, les faibles remous frangeaient le fleuve de petites rainures; on l'avait l'impression qu'elle étincelait, qu'elle brillait de mille feux. Qu'est-ce-que Junon aimait l'observer pendant des heures. Elle trouvait qu'elle se ressemblait toutes les deux. La Seine, si beau fleuve à regarder à première vue, savait-on ce qu'elle cachait réellement ? Oui, si on se donnait la peine de mieux l'observer, si on écaillait un peu le beau vernis, on trouverait autre chose peut-être que cette surface idyllique sous le plus beau fleuve français. Combien de c½urs ivres de douleur se sont jetés dans ce fleuve pour fuir leurs misérables existences ? Combien de cadavres sont cachés sûrement sous cette surface si calme & paisible ?
Ouais rien qu'du malheur, de la tristesse, au final, dans cette Seine. Décidément, elles avaient beaucoup de points communs toutes les deux.
Junon tirait nonchalamment sur sa cigarette & tout en continuant ses contemplations, faisait ressortir sa fumée en forme ronde. Elle aurait pu rester là toute sa vie. Loin de toute présence & donc forcément, Connerie Humaine, qui la répugnait tellement. Rester là, rien qu'elle & La Seine.

"-Ma Seine", dit-elle, en arquant sa bouche d'un petit sourire.

Malheureusement, le devoir ou plus précisément "le manque" l'appela, plus rapidement qu'elle ne l'aurait imaginé. Son Scotch Whisky. Elle avait à peine 18 ans & elle y était déjà accroc. Soupirant, elle se leva, écrasa sa cigarette & rentra à l'intérieur. Elle prit son sac à main, enfila distraitement son manteau & sans un coup d'½il pour la pièce, sortit de son appartement. Elle descendit les cinq étages assez vite, poussa la grande porte d'entrée & la laissant se refermer lourdement, respira l'air frais estival typiquement parisien. Il était à peu près 19 heures. En achetant son Label 5, elle se prendrait peut-être un petit truc à grignoter.
Junon ne mangeait pas beaucoup ou pour être plus précise, pas vraiment. Depuis le départ incompréhensible de ses parents, elle n'en voyait plus vraiment l'utilité. A quoi bon manger, si elle n'avait personne avec qui le faire ? Ravalant sa fierté pour une fois, Junon s'avoua que, oui, elle se sentait véritablement seule dans cette foutue vie.
Elle traversa la rue, la mine triste mais dès qu'elle pénétra à l'intérieur de la boutique, faisant sonner le carillon; comme alertée par un signal d'alarme, elle redevint la Junon, que tout le monde connaissait, froide, distante & qui ne laissait percevoir aucun sentiment. S'avançant dignement, comme elle savait si bien le faire, elle fonça tel un automate vers le rayon "Alcool" de la supérette.
Habituée, elle trouva facilement son bonheur & dès qu'elle eut la bouteille en main, son sang parut circuler plus facilement dans ses veines. Comme si le contact entre sa peau & son Scotch Whisky, aussi froid l'une que l'autre, la faisait revivre instantanément.
Elle se dirigea ensuite vers la caisse enregistreuse & le vendeur, qui apparemment était nouveau & qui n'avait jamais vu auparavant Junon, resta bouche bée devant cette plastique & ce physique unique. Tous les employés qui travaillaient ici savaient que le seul fait de faire paraître un sentiment devant elle à son égard était signé son arrêt de mort mais le petit nouveau, inexpérimenté, sans le savoir tenta le Diable.

"- Qu'est-ce-qu'il y a ? T'as un problème ? lança-t-elle froidement.

Le jeune homme, qui avait pâli sous le ton froid & cruel de la voix de Junon, tremblait légèrement & n'arrivait pas à trouver ses mots. Il déglutit.

- Non non Mademoiselle, euh Madame, euh excusez moi, je ne voulais pas ... vous importuner ... Mais ...
- Bon quand tu sauras parler, tu pourras m'adresser la parole mais là, vois-tu, tu me fais perdre mon temps alors s'il te plaît, tais-toi & fais ce que tu as à faire, cracha-t-elle au visage de l'apprenti caissier.

Le garçon ne sût répliquer quoi que soit & résigné & vexé, il accomplit rapidement sa tâche, de peur encore une fois de s'attirer les foudres de l'Impitoyable Junon.

- & tu me rajouteras ça aussi, désignant de son doigt fin & verni de rouge, une barre de céréales qui était posée sur le comptoir de la caisse.
- Bien, bien sûr !" bégaya-t-il.

Il s'empressa de faire ce qu'elle lui avait demandé & une fois la chose faîte, il lui tendit le paquet, tout tremblotant.
Sans aucun remerciement, ni même un regard sympathique, Junon sortit du magasin, en relevant à la manière d'une vraie Peste, une mèche brune qui fendait son visage parfait.
A l'extérieur, elle ricana sournoisement de son abus sur ce jeune homme. "Voilà c'est comme çà que ça devrait toujours se passer !"
Puis, elle marcha en direction d'un square, qui se trouvait non loin de là & une fois arrivée, elle s'assied en tailleur sur un banc gris, tagué d'insultes racistes & inutiles. "J'emmerde les gens, j'les emmerde Tous ..." soupira-t-elle, en débouchant son précieux. Puis, elle porta à ses lèvres le goulot de la bouteille & reconnut immédiatement le goût si délicieux qu'avait son Label 5. Après plusieurs gorgées, apaisée, elle s'allongea sur le dos, la bouteille toujours entre ses mains & ferma les yeux.
Cependant, quelques minutes après seulement, répétant exactement le même scénario que dans son appartement, elle se releva en sursaut ...

# Posté le mercredi 10 septembre 2008 10:49

Modifié le dimanche 14 juin 2009 11:50

Chapitre 5

Chapitre 5
Le son, toujours aussi arrogant, était revenu la narguer. Il n'était pas loin d'elle, elle l'entendait. Luttant contre son désir d'aller vers la musique, elle se boucha les oreilles, s'allongea à nouveau sur le banc & ferma les yeux. Elle ne l'atteindrait pas encore une fois, non, elle ne l'atteindrait pas. Malheureusement, elle se rapprochait de plus en plus. Ne pas craquer, ne pas craquer. Elle l'entendait parfaitement à présent. Ne pas craquer, ne pas craquer. Les accords si magnifiques lui provoquèrent des frissons. Ne pas craquer, ne pas craquer. Elle ouvrit les yeux.

En ouvrant ses paupières, elle avait craqué, elle le savait. Alors autant aller jusqu'au bout & découvrir qui était l'auteur si impétueux de ce merveilleux morceau de musique, qui l'avait envoûté contre son gré. Elle se leva difficilement, reprit une gorgée de Scotch pour se "donner du courage" & marcha en direction de la musique, qui était à l'opposée de Junon. Une trentaine de mètres plus loin, elle arriva devant un grand buisson, qui cachait, elle le savait, son "Trésor". Ni une, ni deux, elle se faufila à travers les branchages, s'écorchant les bras & les mollets méchamment. Elle se fichait complètement de ces quelques égratignures qui lui feraient, au pire, quels cicatrices, elle avait déjà connu tellement pire auparavant ...
Elle sortit enfin la tête & LE vit. Il était de dos, assis sur un banc & ne laissait apercevoir que l'arrière de son Perfecto en cuir noir & le manche de sa guitare assortie à son blouson.
Elle sortit sans encombre du buisson grâce à sa taille de guêpe & marcha sur la pointe des pieds, ses hanches se mouvant telle une lionne, vers sa "Proie". Là, elle se glissa devant le jeune homme, qui ne remarqua rien, trop passionné par sa musique. Puis, elle croisa les bras sur sa belle poitrine & se racla la gorge, pour qu'il puisse enfin daigner remarquer sa présence. Le jeune homme brun, comme si toute l'harmonie qu'avait créée la mélodie venait de se briser, se redressa tout d'un coup. Surpris, il n'eut pas le temps de se poser des questions car la jeune & jolie fille en face de Lui, interrompu ses pensées.

- Nan mais t'en as pas marre ?
- Hein ? o_O'
- Déjà de 1, enlève moi ses lunettes noires que tu portes sur ton nez, c'est très arrogant & impoli.

Le jeune homme, décontenancé, s'exécuta sur le champ, intimidé par l'assurance de cette inconnue.
De ce fait, Junon put mieux observer le guitariste en face d'elle. Il avait des cheveux bruns bouclés qui lui donnaient une allure d'angelot mais ses yeux aussi sombres que les siens, lui donnaient l'impression qu'il ne ressentait aucun sentiment. Un terrible paradoxe. Il avait une mâchoire carrée très virile & une bouche charnue & sensuelle. Le prototype même du garçon Macho, Volage & Mangeur de Femme. Avec sa guitare, il les avait toutes, elle le savait. Elles étaient toutes simplettes & faibles. Malheureusement pour Lui, Junon n'avait aucune faiblesse. Il ne l'aura pas.

- & puis de 2, tu crois que tu vas réussir à m'avoir avec ta satanée musique ?

Le ton glacial de Junon irrita Adrien, qui répliqua sèchement :

- On s'connait ? --'

Junon, que personne n'avait réussi à clouer le bec depuis toujours, parut déstabilisée. Adrien, sentant le désarroi de la jeune fille, continua vivement.

- Ouais, de 1, t'es qui toi ?

Junon sentait peu à peu la colère l'envahir & se mordit les lèvres pour ne pas déverser en pleine face le flot d'injures, qu'elle voulait expédier au jeune homme.
Il se leva, collant son beau visage contre celui de Junon, plus énervée que jamais; leurs nez s'effleurant presque.

- & de 2, pourquoi tu viens m'emmerder alors que je suis entrain de gratter, pénard, sur mon banc ?

Il avait dit çà avec une telle méchanceté, avec une telle hargne, avec ce vicieux rictus sur le visage, qu'il lui rappela immédiatement Alex. Oui, cette chevelure en bataille, ces yeux noirs perçants, ce sourire pervers ... Elle avait l'impression de LE voir, sous ses yeux. Sentant ses larmes lui monter aux yeux, elle fléchit sous le poids de la douleur. Elle, qui croyait avoir fait le bon choix en venant affronter ce Connard de musicien, se rendit compte qu'elle s'était trompée. Elle avait une faiblesse, oui, une énorme faiblesse. Alex ...

# Posté le lundi 15 septembre 2008 12:30

Modifié le dimanche 14 juin 2009 11:51